« Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. »
Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens, ch. 6, v. 2
« Le carême débute cette année dans une époque déjà semée de privations. Pourquoi ne pas progresser dans la joie en trouvant dans l’épreuve un lieu où Dieu se donne ? Tel effort, telle privation, sont-ils vraiment un moyen pour me rapprocher de Dieu, ou ne sont-ils qu’une mesure d’hygiène morale visant en réalité ma propre perfection ? Le vide que je crée dans ma vie en retranchant telle activité superflue ou tel comportement mauvais est-il rempli par une plus grande attention à Dieu ? » Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op (Photo : Alétéia)
Quel est le plus grand danger de la vie chrétienne ? S’habituer, se résigner, déclarer forfait.
Face au péché évidemment, à cause de ce petit démon décourageant : « À quoi bon ? » À quoi bon, encore, des résolutions de carême ? Mais le pire serait de devenir des blasés de l’amour de Dieu. Jésus a donné sa vie pour moi, certes, et alors ? Cela va-t-il régler mes problèmes de famille, de travail ou de surpoids ?
« Je me lève et je te bouscule, tu n’te réveilles pas… Comme d’habitude.
Sur toi je remonte le drap, j’ai peur que tu aies froid… Comme d’habitude.
Ma main caresse tes cheveux… Comme d’habitude.
Mais toi tu me tournes le dos… Comme d’habitude. »
Le Mercredi des Cendres, ce sera le 17 février prochain, marque l’entrée en Carême. Difficile, dans l’état actuel de la pandémie, d’imaginer que le déconfinement puisse avoir débuté, que les célébrations aient repris sans un nombre limité de fidèles. Mgr Warin encourage dès lors les prêtres dans leur paroisse, comme il le fera à la cathédrale, à multiplier les liturgies de la Parole. Une imposition qui, covid-19 oblige, sera différente.
L’année dernière, nous avions pu vivre l’entrée en Carême « normalement ». Le confinement était arrivé quelques jours plus tard. Après bien des semaines d’arrêt, Mgr Warin encourage chacun à reprendre le chemin de l’Église pour y vivre l’eucharistie notamment. Même encouragement pour ce qui concerne le Mercredi des Cendres, beau et grand moment dans la vie des chrétiens, l’évêque souhaite que chacun puisse recevoir les cendres. C’est ainsi que le 17 février, il présidera trois liturgies de la parole à la cathédrale Saint-Aubain. Pour des raisons sanitaires, l’imposition des cendres sera elle aussi différente des années passées. La Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements a diffusé une note, c’était le 12 janvier dernier, dans laquelle elle donnait diverses précisions.
Le témoignage de cette Clarisse dialogue avec Etty Hillesum, bel exemple de confiance en un surcroît de Vie : elle a vécu et relevé ce défi, au milieu de la tourmente de l’oppression nazie. L’émerveillement est à l’origine de tout. Entrer en émerveillement envers et contre tout, c’est de notre seule responsabilité. L’émerveillement nous ouvre aux autres et à la vie. « Quelque chose de spacieux se révèle en nous ». (Photo : un artiste de rue dessinant, à Assise, un portrait de sainte Claire)
On pourrait dire que nous, clarisses, vivons déjà une sorte de confinement, par choix et non par obligation. Nous évitons les sorties inutiles pour consacrer la plus grande partie de la journée à « la quête du visage de Dieu et la communion à tout l’univers et à tous les êtres vivants ».
Nous avons choisi d’être à l’écart du monde, de son stress, de ses contraintes et de ses séductions. Un écart qui n’est pas fuite du monde mais bien au contraire une manière de « rejoindre intensément tout ce qui est profondément Humain » : la communion par la simplicité de vie, le travail et la prière, à ses joies, à ses peines, à ses espérances. Notre écart se veut donc fertile… comme un petit îlot de simplicité et de paix au cœur du monde, qui tente de préserver ce que l’Humain a de plus beau.
Un écart qui dit que la vie est belle, mais qu’il y a aussi « quelque chose de plus grand que la vie » : un quelque chose qui nous dépasse et pour lequel nous accepterions de tout risquer… Nous professons cela ! Le vivons-nous ?
Intitulé « Saint Matthieu et l’Ange », ce tableau du Caravage dit beaucoup de ce que sont les évangiles pour l’Église. Contrairement à une première version qui fut rejetée, l’ange inspire l’évangéliste, mais ne lui tient pas la main. Pour l’Église et au contraire du Coran, les évangiles sont inspirés, mais non pas directement par Dieu. Pour les chrétiens, la foi est d’abord une relation personnelle avec Dieu d’où découlent des actes. (« Inspiré » des propos de Bosco d’Otreppe, « Deux kilos de Bible et autant d’humanité » – journal La Libre)
« Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » (Ps 94, 8)
Comment oublier la rencontre de Jésus avec Marthe et Marie* ? Marthe s’active, un fichu sur la tête, un plumeau dans la main gauche, une casserole dans la main droite. Marie, elle, ne fait rien. Et on a souvent lu cette page comme la description de deux vocations complémentaires, la contemplative et l’active. Mais Saint Augustin, toujours malin, propose une autre interprétation. Il écrit : « Marthe n’avait qu’un souci : comment nourrir le Seigneur. Marie n’avait qu’un souci : comment être nourrie par le Seigneur. »
Le croyant est persuadé que l’adulte advient en s’appropriant le meilleur de l’enfance : la capacité d’émerveillement et de confiance. « Je te bénis, Père, ce que tu as caché aux sages et aux intelligents, tu le révèles aux enfants. » (Matthieu 11, 25)
Faut-il qu’ils ne reconnaissent pas à la spiritualité et l’exercice des cultes une dimension « essentielle » ?
Condamné par la maladie, un politicien de souche chrétienne me confia que sa carrière l’avait éloigné de la spiritualité. Histoire tragiquement banale. La tyrannie de l’urgence, le tourbillon du pouvoir et l’ivresse médiatique distraient d’un chemin d’intériorité. Face aux questions de fond, nombre de politiques maquillent leur vide par des lieux communs. Faut-il, dès lors, s’étonner qu’en confinement, ils ne reconnaissent – pas plus qu’à la culture – à la spiritualité et l’exercice des cultes, une dimension proprement « essentielle » à la santé mentale d’une société ?