Pour une saine biodiversité dans l’Église…

Les divergences font partie de l’existence et de la dynamique chrétienne. Les seuls endroits immunisés de conflits… sont les univers totalitaires et les cimetières.

« Certains baptisés fréquentent l’Église, en effet, plutôt attirés par le message du Christ accueilli au moyen de leur intelligence, d’autres par le culte et la dévotion vécus avec leurs émotions, et d’autres encore par les structures nées de l’humain besoin d’organisation. Chacun a alors tendance à ne vivre sa foi qu’à travers son prisme, ce qui tronque l’Évangile. »

« Je ne saisis pas bien ton option ecclésiale », me lança un jour un confrère prêtre. J’étais à l’époque curé-doyen de Liège-centre et il me fit remarquer que je m’étais entouré d’une équipe pastorale, dont les membres avaient des profils théologiques bien divergents. «  C’est bien là que se situe mon ‘option ecclésiale’ « , lui ai-je répondu avec un petit sourire. La volonté de ne pas uniquement collaborer avec des personnes qui « pensent comme moi «  n’est pas nouvelle. À l’époque où j’étais responsable de séminaire, j’invitais une semaine Mgr Léonard et une autre l’abbé Ringlet, une semaine un prêtre de l’Opus Dei et une autre un théologien de la libération.

Je m’en expliquais aux séminaristes : «  Vous ne devez pas être d’accord avec chacun d’eux, mais écoutez-les d’abord et discernez ensuite. N’oubliez pas que toute différence peut être une source d’enrichissement. » Je leur confiais également : «  Je me fiche que vous ayez des options et des styles différents. Notre unité, c’est le Christ. Aimez-le. Qu’Il vous unifie intérieurement. En Lui, restez unis entre vous. Plutôt que de vous comporter en idéologues, soyez les apôtres de cette unité dans la diversité auprès de vos frères humains. » En voyant les prêtres que ces séminaristes sont aujourd’hui devenus, je n’ai pas à rougir. Je suis même assez fier de chacun d’eux.

Attention, il ne s’agit pas d’un plaidoyer pour un « centrisme tiède » dans l’Église, mais bien d’un appel à préférer une permaculture chrétienne à toute forme de monoculture. Si la nature enseigne qu’il n’est pas durable de cultiver intensivement une seule plante sur un même sol, il en va de même dans le jardin du Seigneur. Rien n’est plus étranger à la dynamique de l’Esprit « qui souffle où Il veut » (Jean 3, 8) qu’un lieu d’Église où tout le monde pense la même chose sur tout. Que ces idées soient conservatrices ou progressistes importe peu. Si le Christ nous compare à des brebis, je ne pense pas qu’Il veuille cultiver en nous l’esprit grégaire. S’il y a d’ailleurs bien un point commun entre les douze apôtres que Jésus a rassemblés autour de Lui… c’est qu’ils n’avaient d’autres points communs que celui d’être appelés par leur Maître.

Les tensions sont salvatrices

Profondément ancrée en moi, pareille conviction me vient pour partie de mes années passées, entre 16 et 18 ans, dans un United World College au pays de Galles (www.uwc.be). Fondées par Kurt Hahn, un pédagogue juif-allemand ayant fui les nazis, ces écoles rassemblent des jeunes du monde entier, pour leur faire découvrir à quel point ils sont différents et comme la vie en commun est difficile. Que pourtant ils n’ont pas le choix et que, chaque fois qu’ils y parviennent, notre monde devient a better place. Cette culture de la diversité fut également nourrie par mes études en théologie. Mon mémoire eut pour thème la préface que saint John Henry Newman écrivit en 1877 à la troisième édition d’un livre qu’il publia alors qu’il était encore anglican. Dans cet écrit, le vieux Newman – bientôt cardinal – développe une théologie des tensions dans l’Église. Certains baptisés y sont, en effet, plutôt attirés par le message du Christ accueilli au moyen de leur intelligence, d’autres par le culte et la dévotion vécus avec leurs émotions, et d’autres encore par les structures nées de l’humain besoin d’organisation. Chacun a alors tendance à ne vivre sa foi qu’à travers son prisme, ce qui tronque l’Évangile. Pour Newman, ce n’est que par une saine tension entre ces pôles que l’Esprit peut souffler sur l’Église. Les divergences font partie de l’existence et de la dynamique chrétienne. Si, pas plus qu’un autre, je n’aime les disputes, je constate que les seuls endroits immunisés de conflits… sont les univers totalitaires et les cimetières. Là où il y a vie surgit la biodiversité. Surtout en Église. Cultivons-là donc, sous le vent de l’Esprit qui unifie.

Extrait du blog de l’abbé Eric de Beukelaer

Une réflexion sur “Pour une saine biodiversité dans l’Église…

  1. Toussaint liliane

    J’aime beaucoup Eric’’ petit biscuit’’ encore entendu ce lundi matin à la radio.
    Ses paroles toujours pondérées nous invitent au respect mutuel et à l’entente.

    J'aime

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