Commentaire de l’Évangile de ce dimanche 10 mai

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » Jean 14, 1-12

Évangile de Jean 14, 1-12

Ne soyez pas bouleversés

Ces deux dimanches, avec le chapitre 14 de Jean, nous écoutons la première partie du grand discours d’adieu de Jésus. Son ultime soirée avec ses disciples est catastrophique : le Maître vénéré s’est mis à genoux devant eux pour leur laver les pieds, puis il leur a ordonné d’agir de la même façon entre eux, puis il a blêmi en leur annonçant que l’un d’entre eux allait le trahir, il a partagé le pain et tout à coup Judas s’est levé et s’est enfui dans la nuit, enfin Jésus leur a révélé qu’il allait les quitter et malgré ses dénégations, il a prédit à Simon Pierre qu’il allait le renier.

Un véritable tsunami ! A quelques jours de l’entrée triomphale des Rameaux, tous les rêves de grandeur des disciples s’effondrent. C’est le désarroi total, l’effondrement général.

Que votre cœur ne soit pas bouleversé ! : L’exhortation, répétée au verset 28, encadre le texte et donne le thème. Le verbe est très fort : il est utilisé pour les tempêtes. Pire qu’un trouble : une panique. Comment tenir ? Un seul moyen : croire. Le verbe va revenir tout au long.

Croire c’est espérer

« Vous croyez en Dieu : croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures… Je vais vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi et là où je suis, vous y serez vous aussi. »

Le seul remède efficace pour tenir, c’est de croire en Jésus de la même façon que l’on croit en Dieu. S’appuyer sur lui, lui faire confiance avec une certitude absolue. Jésus sait qu’il va être exécuté mais, que si le temple de Jérusalem l’a refusé, par la mort il va entrer dans la Demeure de son Père du ciel. Il n’abandonnera pas ses amis à leur sort : il pourra revenir pour les « prendre avec lui » (assumer) et les introduire dans la Gloire. L’Église est en « assomption » permanente.

Croire c’est donc d’abord recevoir une espérance solide. La mort reste effrayante, inéluctable mais, par elle, Jésus le Fils nous introduit avec lui dans la communion du Père. Sur terre, le disciple renonce donc à la splendeur des palais, il connaît la destination ultime de son existence, il perd tout orgueil d’y atteindre par lui-même et il se fie à son Seigneur Jésus qui viendra le chercher pour l’unir à la communion de son Père et de la multitude des croyants. Perspective exaltante qui guérit du désespoir et dynamise au maximum l’élan des martyrs.

Jésus est Voie – Vérité – Vie

« Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez et vous l’avez vu. »

Les grands maîtres de toutes les traditions enseignent les méthodes pour se maîtriser, pour progresser sur le chemin de la vérité et pouvoir vivre vraiment. Cas unique dans toute l’histoire, un homme ose affirmer qu’il n’apprend pas le chemin : « il l’est » ! Qu’il ne dit pas la vérité : « il l’est » ! Qu’il ne conduit pas à la vie : « il l’est » !

Comment Jean a-t-il osé écrire telles affirmations ? Comment ne l’a-t-on pas lapidé pour blasphème ? Comment des lecteurs de Jean à Jérusalem, à Ephèse, à Athènes, à Rome, ont-ils cru et ont décidé de baser leur existence sur cet homme ?

Extraordinaire, stupéfiante révélation. Les génies les plus puissants sont eux-mêmes et ils parlent : si sincères soyons-nous, notre personne et notre parole sont distinctes. En Jésus, être et parole coïncident. Au point qu’il est image transparente de Dieu. Et qu’il est pour toujours le seul à pouvoir énoncer cela. Le connaître comme Fils nous permet déjà de connaître Dieu comme Père. Donc de nous reconnaître aussi comme fils et filles.

Il y avait d’abord l’espérance du futur (« Je viendrai vous prendre ») : ici il y a l’expérience du présent : « dès maintenant ». Croire en Jésus fait venir le futur dans notre aujourd’hui.

Croire en Jésus par ses paroles et par ses actes

Les disciples les plus proches, qui ont partagé l’intimité de Jésus pendant plusieurs années, achoppent sur une révélation qu’ils n’auraient jamais soupçonnée. Après Thomas, c’est Philippe qui exprime notre stupeur, notre impossibilité à accepter cet inouï. Il lui suffirait que Jésus lui révèle enfin, de façon claire, ce que signifie le nom de « Dieu » et comment nous pouvons le considérer comme « notre Père ».

« Philippe dit : « Seigneur, montre-nous le Père : cela nous suffit ».

Jésus répond : « Depuis si longtemps, tu ne me connais pas ? Celui qui m’a vu a vu le Père…Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? …Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : et c’est le Père qui demeure en moi et qui accomplit ses œuvres. »

Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père et le Père est en moi. Et si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des œuvres.

Excepté le flash fugitif de la transfiguration – dont seuls 3 apôtres ont été témoins -, Jésus avait l’apparence de tout homme ordinaire. Pas de manifestation mystique, pas d’auréole, pas de transe. Un artisan sans rien de sublime. Et, comme chacun de nous, il a exprimé son être de deux manières : par des paroles et par des actes. C’est par là que nous pouvons accéder à la foi en lui.

Ses Paroles

Sa conversation à travers les occupations quotidiennes était celle de tout le monde. Quand il dénonçait le péché et appelait à la conversion, il ressemblait aux autres prophètes, comme Amos, Isaïe ou Jean-Baptiste. Mais en outre il lui arrivait de s’exprimer de façon tout à fait inédite.

Parce que nous le connaissons depuis l’enfance, parce que nous l’entendons souvent déformé par des lecteurs médiocres, nous banalisons l’évangile. C’est l’occasion de le reprendre à vif, de tendre l’oreille du cœur pour percevoir une voix à nulle autre pareille. Nous trouvons les paraboles enfantines : elles sont des merveilles sans équivalent dans la littérature.

Lors de la fête des Tentes, Jésus enseignait dans le temple ; la foule s’étonne : « Comment est-il si savant lui qui n’a pas fait d’études ? ». Excédés les grands prêtres envoient des gardes pour l’arrêter mais ils reviennent bredouilles: « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? ». Et ces hommes ont une réponse magnifique : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (7, 46). Séduits par la beauté de l’enseignement de Jésus, ils n’ont pu remplir leur mission, acceptant de subir un châtiment pour désobéissance.

Ses actions

L’enseignement a toujours été la mission essentielle de Jésus. Mais en outre il a accompli des actions que les évangiles synoptiques appellent « gestes de puissance » mais que Jean préfère dénommer « signes ». Il ne faut donc pas en rester à l’admiration (inefficace) mais comprendre la signification et changer. Ainsi Jean terminera son livret en disant : «  Jésus a opéré devant ses disciples beaucoup d’autres signes… Ceux-ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, en croyant, vous ayez la vie en son nom » (20, 30)

Tel récit de guérison n’est pas un événement passé : il peut être un signe de la « guérison » que j’ai à demander pour moi. Le signe mobilise, engage, transforme. Jean n’a écrit que dans ce but.

Le croyant fera des œuvres

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père ».

Entraînés par le climat de moqueries provoqué par les médias, il est courant aujourd’hui de dénoncer les travers de l’Église, les scandales sexuels de certains prélats, de rappeler des infamies comme l’inquisition, les persécutions contre les Juifs, l’intolérance religieuse, le goût du pouvoir et du luxe. Oui hélas, beaucoup de pages noires. Mais l’objectivité exige aussi de compléter la vision. Ainsi en ce qui concerne les guérisons et les droits de l’homme, l’histoire prouve que des disciples de Jésus ont accompli des œuvres gigantesques. Hôpitaux, cliniques, soins des aveugles, des lépreux, des handicapés, écoles pour pauvres : on n’en finirait pas de dénombrer le nombre d’établissements. Quel jeune est au courant ? On ne leur en parle jamais.

De François d’Assise à Camille de Lellis, de Vincent de Paul à Sr Emmanuel, aucun des auteurs ne s’est attribué de mérites, aucun n’a exhibé ses compétences. Tous confessent qu’ils ont été inspirés par un plus grand qu’eux, qu’ils n’ont été que des instruments qui, par leur foi profonde, agissaient par l’amour reçu de leur Seigneur Jésus.

Tous expérimentent la vérité de la promesse : « …Il accomplira les mêmes œuvres…même de plus grandes parce que je vais au Père ». Le Seigneur glorieux continue d’agir dans son Église.

Conclusion

Au moment d’un deuil ou d’un malheur, quand le doute nous taraude, quand nos projets s’effondrent, quand les critiques nous accablent, il faut prier ce chapitre. Il nous évitera de chercher de fausses consolations et d’abandonner la lutte. Croire en Jésus Seigneur. Etre sûr qu’il viendra nous chercher. Ne plus perdre son temps avec la foule des méthodes proposées aujourd’hui. Etre émerveillé par l’Evangile : le lire, le relire, le vénérer. Non pour trouver des règles mais découvrir une personne. Écouter une voix qui fait signe. Aimer l’Eglise où Judas trahit, où Pierre défaille, mais où s’accomplissent des merveilles de charité.

Se répéter : « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie ». Amen. Amen. – Suite dimanche prochain.

Frère Raphaël Devillers, dominicain et extrait de son site : Résurgences

Une réflexion sur “Commentaire de l’Évangile de ce dimanche 10 mai

  1. Davidson Mayck

    Merci pour ce commentaire ci profond, vous nous faites découvrir le charme et la puissance de l’Evangile. Plus important, vous nous montrer la bonté qu’Il engendre chez l’Homme.

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