Rumeur et choix

Colette Nys Mazure, née en 1939, est une écrivain belge de langue française. Si la poésie reste son territoire de prédilection, elle a également écrit des essais, des nouvelles et des pièces de théâtre qui connaissent un grand succès.

Colette Nys Mazure : « Je veux partager la saveur de la vie. J’aurais envie de mettre l’accent sur la lumière, plutôt que l’ombre. J’ai envie de travailler à la contagion de la saveur de vivre et du plaisir de partager. »

Elle nous parle des événements actuels que nous vivons.

A 6h, je perçois le bruit caractéristique du journal jeté d’une voiture dans la boîte aux lettres ! Parfois je m’interdis de réagir, poursuivant ma lecture-écriture ; d’autres fois je vais le cueillir, plongeant dans l’actualité la plus sombre et ses rares fenêtres éclairées, telle celle d’une maison voisine (d’autres que moi sont debout). Avant cela, j’aurai repéré des étoiles dans le ciel encore noir, tendu l’oreille aux chants d’oiseaux innommés, respiré les parfums printaniers d’une nature en prodigieux épanouissement. Réconfortant, comme le bol de café savouré au bord du jour à vivre.

Il ne faut pas attendre midi pour ployer sous le fardeau des mauvaises nouvelles dont nous accablent les médias. Les images bouleversantes des canots de fortune s’enfonçant avec leur cargaison humaine dans la Méditerranée ; les statistiques concernant enfants et adolescents harcelés ou pris au piège des sites pornos et leurs parents désarmés, ont laissé toute la place au Coronavirus. Faites-en la brève et instructive expérience : zappez les chaînes télévisées l’une après l’autre et vous retomberez (en vous faisant mal) sur le seul sujet qui, aujourd’hui, monopolise l’attention. Chacune y va de ses chiffres, de ses expertises et de ses fausses nouvelles. Lucidité, courage, civisme et persévérance s’imposent, mais faut-il se laisser intoxiquer en boucle ?

Autour de nous meurent de vieux amis, des personnalités admirées ; on palpite en apprenant le combat de l’un ou l’autre contre la maladie d’autant plus redoutée qu’elle demeure énigmatique, mutante ; on se réjouit des guérisons. Les semaines d’enfermement pèsent de plus en plus lourd sur le corps, le cœur et l’esprit guetté par le découragement. La Peste a resurgi et hante nos imaginaires. Roseaux courbés sous l’orage, comment nous redresserons-nous ? A cette heure matinale, je redis les mots de l’enfance Mettons-nous en la présence de Dieu. Où puiserons-nous des forces pour comprendre puis affronter ? Prier, nous informer sans nous laisser matraquer ni décourager. Comment balayer les idées reçues, les timidités, les anxiétés paralysantes ? Agir tant dans la sphère intime que publique. Confinés, à qui rendrons-nous une visite postale, électronique, téléphonique ? Quels engagements assumerons-nous en dépit des obstacles ?

L’éthique du colibri apportant sa goutte d’eau pour éteindre l’incendie, au lieu de s’envoler loin du désastre, nous a marqués et nous tentons, là où nous sommes de cultiver la bonté, la beauté. Il n’y a pas de mode d’emploi universel. A chacun, à chacune d’inventer la conduite la plus ajustée aux appels, aux attentes. Une seule certitude : N’ayez pas peur. Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps.

Extrait du journal Dimanche du 26 avril 2020 : « L’air de rien – Colette Nys-Mazure »

Une réflexion sur “Rumeur et choix

  1. bernard&martine cuvelier gezels

    Une des phrases clé du livre, c’est important de travailler à ce que l’autre devienne lui-même et non pas ce qu’on rêverait qu’il soit.

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