Le linceul de Turin est-il la preuve de la résurrection de Jésus ?

Une nouvelle technique de datation par des rayons X révèle que le linceul daterait bien de 2 000 ans. Et alors ?

Le linceul de Turin, ce drap de lin qui aurait recouvert le corps du Christ après sa crucifixion, est l’objet d’intenses et acharnés débats depuis des décennies. Certains s’y opposent au nom de la science, et d’autres y verraient volontiers une preuve de la résurrection.

« La foi est une simple confiance en Dieu. Elle ne nous offre pas de réponses toutes faites, mais nous donne de ne pas être paralysés par la peur ou le découragement. Elle nous engage, nous met en route. Par elle, nous saisissons que l’Évangile élargit un horizon d’espérance au-delà de toute espérance… »  Frère Aloïs de Taizé

Une nouvelle technique de datation par des rayons X, vient-on d’apprendre ce 11 avril 2022, révèle que le linceul daterait bien de 2000 ans. Voilà qui contrarie les résultats de la datation précédente, au carbone 14, qui concluait qu’il n’avait que sept siècles et était donc une construction médiévale. La récente mesure enlève des arguments à ceux qui recherchent, au nom de la science, des supercheries dans la religion. Il ne serait pas absurde d’y croire, il peut être raisonnable d’y apporter crédit.

Avec ce linceul, aurait-on enfin la preuve de la résurrection ? Modérons nos transports. Ce qui me réjouit, ce n’est pas d’avoir un argument de plus en faveur de la résurrection, mais une objection de moins à propos du linceul. Même si la récente technique semble plus fiable que la précédente et arrive à des conclusions plus conformes à cette croyance, la recherche n’est pas achevée. Il faut continuer l’examen. La science arrive rarement à des réponses définitives.

Heureusement, la méthode aux rayons X, beaucoup moins destructive (un morceau de lin de 0,5 mm sur 1 mm a suffi), peut être répétée plusieurs fois. D’autres mesures sur le même échantillon pourront être confiées à d’autres laboratoires en vue d’une confirmation. De plus, d’autres mystères entourent encore le fameux linceul, et heureusement. J’aime les mystères qui demeurent. Ils me gardent de la tentation de toute-puissance.

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Pour un mariage « mixte » entre catholiques et protestants (1/2)

Cet article est écrit au terme de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Il est le fruit de respectivement, Laurence FLACHON, pasteure protestante et Charles DELHEZ, prêtre catholique. Et si l’on s’émerveillait de tout ce que l’on a en commun ? Un texte à deux mains.

Cette chronique est née d’une célébration commune à l’occasion d’un mariage « mixte » (protestant-catholique). Les fiancés avaient voulu nous associer. Nous avons ainsi posé un geste audacieux, tel que le souhaitait le pape François lors de sa récente rencontre avec le Patriarche Chrysostome II, à Chypre. Les participants en furent tout heureux.

Que nos différences soient non pas niées, mais réconciliées. Donnons-nous la main, comme Jacques, Pierre et Jean donnèrent la main à Paul et Barnabas en signe de communion (cfr Ga 2, 9), après le conflit de Jérusalem. Historiquement, d’ailleurs, le christianisme a été d’emblée pluriel.

« L’œcuménisme ne peut être rien d’autre aujourd’hui que la reconnaissance et l’acceptation sereine que l’unique tronc a multiplié ses branchages »
Copie d’écran journal La Libre © Serge Dehaes

Un arbre aux multiples branchages

C’est cette diversité que nous avons à apporter au monde, et non pas nos divisions. La diversité, en effet, n’empêche pas l’unité, mais lui donne plus d’éclat. « L’œcuménisme ne peut être rien d’autre aujourd’hui que la reconnaissance et l’acceptation sereine que l’unique tronc a multiplié ses branchages » (1), a pu écrire le philosophe et théologien Yves Ledure.

Et si cette diversité n’était pas seulement le fruit de nos divisions, mais aussi l’expression de l’infinie richesse de l’Évangile ? Ne nous faut-il pas oser enfin croire que c’est un même Esprit qui nous anime (cfr 1 Co 12, 4-11) et qui nous conduit vers la vérité tout entière (cfr Jn 16, 13) ? Au IVe siècle, Basile de Césarée faisait remarquer que « c’est la même eau fraîche et féconde qui tombe sur le champ afin que fleurisse rouge le coquelicot, rose la rose et bleu le bleuet« .

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Le doute coexistera toujours avec la foi

En bon voyageur, j’essaie de mieux connaître le chemin que je parcours, tout en sachant qu’il y en a d’autres.

« J’espère que Dieu existe », me répondit une jeune femme à qui je demandais si elle se mariait à l’église pour les photos ou pour la foi. Elle a d’abord reconnu que c’était pour les photos, puis elle a ajouté, regardant son compagnon : « Il y a quelques mois, nous avons vécu une expérience forte, et maintenant j’espère que Dieu existe. » Ils avaient sans doute perçu quelque chose de plus grand qu’eux, sans pouvoir encore trouver les mots pour l’exprimer.

Photo Alétéia

Être croyant, c’est chercher Dieu parce qu’on espère qu’il existe. Ce n’est pas savoir qu’il existe, car savoir, c’est d’une certaine façon posséder ce que l’on sait. Être chrétien est encore un pas de plus : c’est emprunter le chemin du Christ pour poursuivre cette recherche avec d’autres qui se situent dans sa mouvance. « Aucun homme n’est une île, un tout complet en soi », disait le poète John Donne. C’est avec d’autres que nous cheminons.

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Une société monochrome ?

Voici quelques jalons pour aider à penser la question de la neutralité et de la visibilité du religieux dans la société.

L’habit fait-il de cet homme un moine ? Nul ne peut en juger, mais aux yeux d’un observateur extérieur, c’est bien un moine ! Dans toute culture, l’habit situe quelqu’un aux yeux des autres. Dans un train, dès qu’arrive le contrôleur, que l’on reconnaît à son uniforme, on remplit son abonnement ! Mais au bassin de natation, il passerait inaperçu. La manière dont je m’habille en un moment précis indique le rôle que je joue à ce moment-là.

«  Si l’État est laïque ou neutre, la société est plurielle, et doit le rester sous peine de devenir monochrome. L’uniformité n’enrichit pas la vie sociale. Nous ne devons pas toujours avancer masqués.  » Photo FV

L’habit et autres « signes distinctifs » ne disent pas seulement la fonction, mais aussi quelque chose de ce que je veux laisser apparaître de moi. Une alliance au doigt dit le lien conjugal et un insigne au revers du veston signifie mon appartenance à un service-club ou une cause qui me tient à cœur. Ne serait-ce pas le premier droit humain : pouvoir être soi, ne pas devoir s’en cacher ?

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Un athéisme de fait

L’alpiniste, le marcheur est un homme qui conduit son corps là où son regard, ses yeux l’ont porté (Gaston Rébuffat). Le chrétien est dans cette démarche de foi. On voit le sommet et on a envie d’y aller. C’est un projet de vie !
Col des Aravis (Savoie) © Photo FV

Au siècle passé, il existait un athéisme militant. Jean-Paul Sartre, qui avait décidé que Dieu n’existait pas, en était une figure de proue. Aujourd’hui, un athéisme de fait règne, parfois même chez les croyants. Dieu, en effet, n’est pas seulement un concept, un mot à la lettre D du dictionnaire. Il est une expérience, une manière de vivre sa vie, une relation intime. La plupart des humains seront d’accord pour dire comme Jean d’Ormesson, dans ce qui est un des chapitres les plus courts de toute la littérature : « Soyons brefs, il y a autre chose que le monde » (1). Mais quelle place lui faisons-nous ? Plus guère.

Le prochain et Dieu

L’originalité de Jésus est certes d’avoir lié intimement l’amour du prochain à celui de Dieu, mais il donne à Dieu la première place. Au scribe qui lui demandait quel était le premier des commandements, il répondit. « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Les deux sont indissociables.

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