Chemins de carême

« Il fut conduit par l’Esprit à travers le désert » (Matthieu 4, 1-11)

Copie d’écran Lalibre.be

Avec Jésus au milieu des tentations, nous sommes invités à suivre Jésus au désert. Dans le lieu du manque. Un lieu aride, où se révèle la faim, la soif et tous les désirs qui habitent le cœur de l’homme…

Au désert, Jésus, notre frère humain, être de désir comme nous, est mis à l’épreuve, il éprouve en lui-même les tentations. Le tentateur se présente à lui. Comment Jésus va-t-il réagir ? Va-t-il entrer dans la tentation, va-t-il entrer en connivence avec la tentation, ou va-t-il y résister ? Va-t-il rester libre, affirmer sa liberté face à elles ? 

Tout de suite nous percevons que cela nous concerne tous. Car tous nous connaissons ce même genre d’épreuves, les trois tentations emblématiques mises en scène par l’évangéliste.

1ère tentation : de l’ordre du manque, de la faim et de la soif, de la consommation : allons-nous vivre notre vie en consommateur et en prédateur… ou acceptons-nous librement une certaine sobriété, une sobriété heureuse, qui nous délivre du désir d’avoir, du toujours plus… Qui promet une liberté plus grande par rapport à tout ce dont nous éprouvons le manque. L’être humain ne vit pas seulement de pain, mais avant tout de parole, d’écoute, dans une relation rencontre personnelle.

C’est le sens du vœu de pauvreté, qui veut nous libérer de l’esclavage de la possession des biens, des richesses.

Continuer à lire « Chemins de carême »

Ouvrir les yeux sur l’invisible

L ’essentiel est invisible pour les yeux. » Cette phrase de Saint-Exupéry est bien connue. « Nous sommes encadrés d’invisible« , proclamait quant à lui le poète allemand Rainer Maria Rilke. Hélas, trop souvent nous nous disons « cartésiens » et atrophions notre vie en nous revendiquant du « je ne crois que ce que je vois« .

« L’esprit le sait : ce qui est invisible n’est pas étrange aux yeux de ceux qui veillent. » Gianni Esposito

Photo copie d’écran journal Dimanche

La raison pure et froide

N’assisterions-nous pas aujourd’hui à la « cicatrisation de la plaie cartésienne« , à la fin de cette tyrannie de la raison pure et froide ? Dans son Vivre avec l’invisible, Marie de Hennezel, qui fut la confidente de François Mitterrand, y travaille. Elle nous invite à renoncer à l’idée que nous pouvons tout voir, tout maîtriser, tout contrôler. Nous pouvons en effet vivre avec cet invisible qui est au fond de nous, au-delà de nous, et tisser des liens avec lui. Ce besoin d’invisible, estime-t-elle, n’implique pas nécessairement une foi religieuse, perdue par beaucoup aujourd’hui. Il s’agit d’un sentiment naturel.

« Nous avons à l’intérieur de nous un espace dans lequel les frontières de la raison ne jouent pas« , déclarait-elle récemment à La Libre Belgique. Hélas, notre culture hyper-scientifique a établi une frontière étanche. Or, dit-elle encore, celle-ci est poreuse. Un homme comme le psychiatre suisse Jung, qui revient à la mode, l’avait bien compris. « C’est une illusion commune de croire que ce que nous connaissons aujourd’hui représente tout ce que nous ne pourrons jamais connaître. » Il n’hésitait pas à parler de l’âme, s’opposant ainsi à la vision matérialiste de son ancien maître Freud qui, lui, considérait la psychanalyse comme relevant de la matière seule.

Continuer à lire « Ouvrir les yeux sur l’invisible »

Le don est un geste révolutionnaire

C’est en faisant l’expérience du don que nous comprenons à quel point les actes exclusivement dictés par l’intérêt individuel, le pouvoir et l’argent conduisent nos vies à leur perte.

« L’expérience du don a quelque chose à nous apprendre (…) elle révèle à propos de qui nous sommes et de la valeur que chacun porte en soi, on peut faire en sorte que dans tous les actes et les choix que nous allons poser, la reconnaissance de la dignité de chacun prime sur toute autre forme d’intérêt.« 

Au long des jours de pluie, de neige ou de gel, l’hiver file entre nos doigts. Voici déjà que vient, ce 2 février, la fête de la Chandeleur. J’aimerais cependant revenir sur les fêtes passées. Peut-être ont-elles laissé en nous un goût de bonté, de concorde et de paix qu’aurait fait naître Noël. C’est en effet ce désir de paix et de bonté que cette fête réveille chaque année. Peut-être est-ce parce que Noël est par excellence la fête du don ; le don impensable de Dieu qui élit sa demeure dans l’humanité, diront les chrétiens. L’irruption dans le quotidien d’une espérance, d’une bonté et d’un partage qui triomphent de tous ses contraires, diront les autres. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a pris l’habitude de s’échanger des cadeaux et des vœux à Noël, offrant à cette fête un caractère proprement révolutionnaire.

Car qu’est-ce que le don ? Quand il est vrai et sincère, l’acte de donner nous sort de la logique du profit qui dicte sa loi à notre société. Celui qui offre donne ce qui lui appartient et cela simplement parce qu’il choisit son interlocuteur comme l’unique fin de son acte. C’est d’ailleurs ce qui différencie le don de l’échange : la personne qui reçoit se découvre investie d’une valeur sans prix ; elle est une fin en soi et non un moyen pour obtenir autre chose.

Continuer à lire « Le don est un geste révolutionnaire »

Spiritualité du pape François

Les écrits

Dans ses écrits, la réflexion de François semble intuitive, mais implique une profonde pensée théologique. Le pape développe un style direct, moins systématique qu’évocateur. Dans ses encycliques et ses exhortations – Evangelii gaudium (2013), Laudato si’ (2015), Fratelli Tutti (2020)… –, un fil rouge se dessine: en réponse au cri des pauvres et de la terre, les chrétiens et les humains sont appelés à une conversion à la fraternité et au soin du vivant. Et la mission de l’Église est d’accueillir toute situation et de l’éclairer à la lumière de l’Évangile.

Photo : Anne-Elisabeth Nève.

Écoute du monde

Le prêtre puis l’archevêque Bergoglio est confronté aux injustices sociales en Argentine : les droits des pauvres et des peuples autochtones sont sacrifiés sur l’autel de l’économie ultralibérale. Au nom de l’Évangile, François appelle à l’écoute du cri des pauvres et à l’accueil des migrants, dénonçant le repli sur soi de l’Europe. Face à la violence et à la crise climatique, il invite les personnes, les gouvernements et les entreprises à la conversion écologique intégrale, à la solidarité et à la fraternité universelle.

Spiritualité

Jésuite, le pape François a été formé aux Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Pour ceux-ci, il s’agit de discerner la volonté de Dieu dans sa vie, à partir de son expérience intérieure. D’où l’ancrage de la prière et de la contemplation de François dans le réel. La spiritualité de François est également franciscaine (d’où le choix de son nom de pape). Comme saint François d’Assise, le pape s’attache à reconnaître le Christ dans les pauvres, et à contempler la présence de Dieu au cœur de la création.

Théologie

Pour François, la théologie est la démarche de « l’intelligence qui croit« , « un service à la foi vivante de l’Église« . Cette définition classique est colorée par une « théologie du peuple » : la foi du Peuple de Dieu peut répondre à la question du sens. La théologie du pape François est inductive: on part de la réalité, en particulier celle des plus pauvres, pour l’éclairer par l’Évangile. Pour être compréhensible, le langage de la foi doit être sans cesse redéfini, en fonction des cultures. La Tradition chrétienne se présente ainsi comme un organisme vivant.

Continuer à lire « Spiritualité du pape François »

« Nous voyons encore trop souvent l’asile comme un problème »

Prêtre, aumônier, journaliste, professeur, théologien, écrivain… Gabriel Ringlet a déjà emprunté de multiples chemins. Il en est sorti, aussi, pour aller au-delà des balises.

Depuis plus de 50 ans, il partage sa foi autrement. Ce samedi encore, sa célébration de Noël à Louvain-la-Neuve en compagnie de l’acteur Sam Touzani, musulman de souche et athée, affichait complet. Des idées réformistes et un vent nouveau dans une Eglise encore parfois qualifiée de rigide et identitaire.

À l’aube de l’année 2023, il jette un regard sur l’année écoulée. Ses crises et ses injustices, mais également ses notes d’optimisme et d’espoir.

Gabriel Ringlet était le 7e intervenant des Grands Entretiens de fin d’année. Copie d’écran RTBF

Quel évènement vous a le plus touché en 2022 ?

Ce qui m’a le plus touché cette année, c’est la résistance des femmes iraniennes. Elle est fondamentale et dépasse très largement l’Iran. Ces femmes, rejointes par des hommes d’ailleurs, osent dire non à un système religieux innommable qui trahit sa propre tradition. Ce qu’on leur fait subir n’a en effet rien à voir avec le prescrit du Coran et la tradition de l’Islam. Ce « non » que les femmes osent proclamer en rue malgré des risques immenses, c’est plus large qu’un refus de la seule dictature iranienne. C’est un « non » à toutes les dictatures, et à tous les enfermements. Surtout lorsque ces enfermements s’appuient sur le sacré, ce qui est pour moi le sommet de l’ignoble. La religion engendre hélas parfois l’épouvante, alors que sa vocation première est de libérer et de rendre plus léger. En Iran comme lors de nombreuses guerres, on récupère la religion dans un rôle qui n’est pas du tout le sien.

L’accueil des demandeurs d’asile doit devenir une priorité absolue de l’Église, au-delà de toutes les questions relatives à l’institution.

L’année 2022 a été marquée par de nombreuses crises, qu’elles soient sanitaire, politique, économique ou migratoire. Quel rôle doit jouer l’Église dans ce contexte ?

Face à toute crise, je vois le rôle de l’Église sur deux plans. D’abord, il est important qu’il y ait une parole forte. Cette dernière doit toujours se situer du côté de l’ouverture, de l’accueil et de la libération des enfermements. Mais pour que cette parole ne soit pas uniquement quelque chose d’abstrait, il est important qu’elle se traduise concrètement sur le terrain. À propos de l’asile par exemple, il est essentiel que l’Église ose s’engager très fortement. Cela correspond d’ailleurs à sa vocation. Je rêverais que dans toutes les paroisses du monde, cet accueil devienne une priorité absolue. Que toutes les autres questions, notamment celles qui concernent l’institution elle-même, soient relativisées.

La crise de l’accueil a en effet été au centre de l’actualité cette année en Belgique. Des centaines de personnes sont encore contraintes de dormir dehors à cause de la saturation des centres d’accueil. Et ce, alors que l’État belge a déjà été condamné à plusieurs reprises pour ne pas avoir respecté ses obligations légales. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Il n’y aura pas de changement concret de l’accueil sur le terrain s’il n’y a pas une évolution des mentalités. Par cela, j’entends essayer de faire comprendre à nos concitoyens que l’autre est une chance, un possible, une espérance et une aide. Nous voyons encore trop souvent l’asile comme un problème. Nous avons peur parfois d’en faire trop à cause de la réaction de nos concitoyens. Or, je crois que nous devons nous engager sur ce terrain-là sans la moindre réserve et aller plus loin que ce qu’il se passe aujourd’hui. Il faut positiver cette action, montrer à quel point elle est un avantage pour nous qui sommes nés ici, que cet accueil nous grandit au lieu de nous réduire.

Continuer à lire « « Nous voyons encore trop souvent l’asile comme un problème » »