Pour un mariage « mixte » entre catholiques et protestants (2/2)

Après un premier article, publié et écrit au terme de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, voici la suite. Il est le fruit de respectivement, Laurence FLACHON, pasteure protestante et Charles DELHEZ, prêtre catholique. Dans cette seconde partie, les 2 auteurs parlent de synodalité et d’œcuménisme : « C’est cette diversité que nous avons à apporter au monde et non nos divisions. »

« Parler et agir ensemble (…) nous invite à choisir en toutes circonstances ce qui fait vivre – c’est-à-dire ce qui encourage, console, remet en route. » Copie d’écran journal la Libre.

Une parole aux visages divers

Le terme de Synode vient du grec et signifie « faire route ensemble ». Du côté protestant, il désigne une assemblée délibérative constituée des délégués pasteur.es et fidèles – des paroisses qui décident ensemble des orientations à donner à la vie de l’Église.

Mais au-delà du terme, utilisé par nos différentes confessions chrétiennes, l’image qu’il véhicule est riche de significations : faire route ensemble, c’est reconnaître l’autre comme un compagnon, une compagne, sur un chemin qui se construit au fur et à mesure du partage de nos joies et de nos difficultés sans que les différences qui demeurent ne soient plus fortes que l’amitié et le respect ainsi tissés. Faire route ensemble, c’est être attentif à l’autre, à son rythme et à ses essoufflements, l’encourager quand la fatigue, face à l’épreuve, se fait trop lourde.

Dans un monde aussi complexe et éclaté que le nôtre, cette diversité permet de rencontrer nos contemporains dans leurs sensibilités différentes. Elle nous rappelle que personne n’a encore atteint la vérité plénière. Il nous faut réfléchir aux conditions d’une parole chrétienne qui soit à la fois crédible et pertinente aujourd’hui et pour ce monde sans nous laisser entraver par une histoire jalonnée de conflits et de désaccords qui doivent être repensés et « re-mis en paroles » comme on remet en contexte.

Cette parole, aux visages divers mais à l’enracinement unique en Christ, est une parole qui, non seulement cherche à rejoindre les préoccupations de nos contemporains, mais aussi se laisse rejoindre par eux. Si nous voulons témoigner, il nous faut d’abord écouter, si nous voulons inspirer, il nous faut d’abord avoir l’humilité de reconnaître nos propres échecs et peser nos paroles. L’Évangile mérite mieux qu’un moralisme culpabilisant qui divise au lieu de relever !

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Pour un mariage « mixte » entre catholiques et protestants (1/2)

Cet article est écrit au terme de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Il est le fruit de respectivement, Laurence FLACHON, pasteure protestante et Charles DELHEZ, prêtre catholique. Et si l’on s’émerveillait de tout ce que l’on a en commun ? Un texte à deux mains.

Cette chronique est née d’une célébration commune à l’occasion d’un mariage « mixte » (protestant-catholique). Les fiancés avaient voulu nous associer. Nous avons ainsi posé un geste audacieux, tel que le souhaitait le pape François lors de sa récente rencontre avec le Patriarche Chrysostome II, à Chypre. Les participants en furent tout heureux.

Que nos différences soient non pas niées, mais réconciliées. Donnons-nous la main, comme Jacques, Pierre et Jean donnèrent la main à Paul et Barnabas en signe de communion (cfr Ga 2, 9), après le conflit de Jérusalem. Historiquement, d’ailleurs, le christianisme a été d’emblée pluriel.

« L’œcuménisme ne peut être rien d’autre aujourd’hui que la reconnaissance et l’acceptation sereine que l’unique tronc a multiplié ses branchages »
Copie d’écran journal La Libre © Serge Dehaes

Un arbre aux multiples branchages

C’est cette diversité que nous avons à apporter au monde, et non pas nos divisions. La diversité, en effet, n’empêche pas l’unité, mais lui donne plus d’éclat. « L’œcuménisme ne peut être rien d’autre aujourd’hui que la reconnaissance et l’acceptation sereine que l’unique tronc a multiplié ses branchages » (1), a pu écrire le philosophe et théologien Yves Ledure.

Et si cette diversité n’était pas seulement le fruit de nos divisions, mais aussi l’expression de l’infinie richesse de l’Évangile ? Ne nous faut-il pas oser enfin croire que c’est un même Esprit qui nous anime (cfr 1 Co 12, 4-11) et qui nous conduit vers la vérité tout entière (cfr Jn 16, 13) ? Au IVe siècle, Basile de Césarée faisait remarquer que « c’est la même eau fraîche et féconde qui tombe sur le champ afin que fleurisse rouge le coquelicot, rose la rose et bleu le bleuet« .

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Quel avenir pour les paroisses ? (2/2)

Dans l’article précédent, traitant de l’évolution et de l’avenir de nos paroisses, Mgr Warin tenait ces propos : « Nous ne pouvons plus faire route en Église comme avant. Le grand nombre, le nombre actuel des paroisses, ne correspond plus à la position réelle de l’Église dans notre société moderne. »

Quelle est la réalité du diocèse de Namur-Luxembourg ? Ou encore, de notre Unité pastorale Paliseul-Saint Joseph ?

 » Le baptisé, lui, devient un réel acteur et non plus un consommateur « 

Aujourd’hui, le diocèse de Namur-Luxembourg compte 742 paroisses. Le week-end du 8-9 janvier dernier, la lettre pastorale de Mgr Warin a, dans plusieurs endroits, suscité chez les fidèles, des interrogations, voire certaines craintes sur l’avenir de ces structures paroissiales. Il n’y a cependant rien de nouveau sous le soleil, comme l’explique Françoise Hamoir, de l’équipe du Chantier paroissial et déléguée épiscopale : « Le travail a été entamé en 2006. La volonté était de mettre des équipes en route pour épauler le prêtre. Le prêtre n’est plus tout seul. Le baptisé, lui, devient un réel acteur et non plus un consommateur ».

On passe de 100 secteurs à 75 – 80 unités.

Déjà, en 1978, Mgr Mathen avait dans une optique similaire, créé 100 secteurs.

Aujourd’hui, ce sont les unités pastorales qui sont mises en avant : « Il en existe 26 à ce jour » souligne encore Françoise Hamoir qui explique que la lettre pastorale lue ces 8-9 janvier doit être envisagée comme un rappel de l’évêque à aller dans le sens de ces structures, à donner un coup d’accélérateur à ce processus.

« On s’oriente vers un nombre de 75 à 80 unités pastorales dans le futur », ajoute encore notre interlocutrice.

L’Unité pastorale Paliseul – Saint Joseph a été fondée le 11 décembre 2016.

Avant de les ériger, un an d’analyse est nécessaire pour percevoir les réalités de terrain et les enjeux de ces unités pastorales qui, comme l’explique Mgr Warin, sont appelés à « devenir le lieu de base de la vie chrétienne. »

Jean-Michel BODELET

Extrait de l’Avenir de Luxembourg du 12 janvier 2022.

Quel avenir pour les paroisses ? (1/2)

Le nombre de paroisses ne correspond plus à la réalité de la société moderne explique Mgr Warin dans une lettre pastorale lue le week-end dernier.

Les Unités pastorales seront les réalités de demain pour Mgr Warin – Photo : site diocèse de Namur

« Nous ne pouvons plus faire route en Église comme avant. Le grand nombre, le nombre actuel des paroisses, ne correspond plus à la position réelle de l’Église dans notre société moderne. » Cette phrase est extraite de la lettre pastorale de Mgr Pierre Warin, évêque de Namur-Luxembourg. Une lettre lue dans toutes les églises du diocèse le week-end dernier. Dans cette missive, Mgr Warin part d’une réalité historique, remontant à l’Antiquité : « La paroisse partout, dans chaque village, est une réalité qui s’est développée avec le long processus de christianisation. Auparavant, l’Église était surtout une réalité urbaine : pour participer à l’assemblée dominicale, on venait à la ville, et l’assemblée dominicale était le plus souvent présidée par l’évêque. »

Mutations

La société a cependant changé. L’évêque le constate : « Aujourd’hui notre société est pluraliste : les convictions les plus diverses se côtoient. Elle est plutôt laïque : le christianisme n’est plus majoritaire comme naguère. Autrefois nos églises rassemblaient généralement un fort pourcentage de personnes de la paroisse. Actuellement la pratique dominicale n’est plus ce qu’elle était. »

Ce changement de société entraîne de modifier l’organisation du culte : « Comment l’Église pourrait-elle être évangélisatrice si elle ne commence pas par s’évangéliser elle-même ? » note-t-il, invitant les communautés à être « pleinement chrétiennes. »

Terme qui sous-entend « célébrer » « grandir dans la foi » et « aussi mettre en œuvre le service du frère (la diaconie). » « Reconnaissons-le : bien des communautés, trop petites, n’ont pas les potentialités pour promouvoir les trois dimensions. »

Un vaste chantier

L’évêque se plaît à mettre en avant le travail du Chantier paroissial qui « propose un remodelage, un réajustement de l’habit paroissial, qui implique des regroupements, sans pour autant délaisser la pastorale de proximité, qui n’a pas vécu. L’Unité pastorale devenant la base de la vie chrétienne. »

Mgr Warin sait que cette mutation n’est pas forcément une évidence : « Il s’agira d’inviter, à temps et à contretemps, à dépasser le tenace esprit de clocher. J’ajoute. S’il faut conjurer les tentations de repli, il ne peut être question de porter atteinte à la vitalité des dynamismes locaux existants. Nous ne voulons pas reproduire des erreurs commises lors des fusions de communes et participer à un reflux de la vie. »

Sur le site du diocèse, on précise que cette lettre « pourra être analysée, décortiquée au fil des mois et des rencontres. »

Jean-Michel BODELET

Extrait de l’Avenir de Luxembourg du 12 janvier 2022.

Suivre l’étoile

Suivre l’étoile – Épiphanie du Seigneur, Année C

« Les mages ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe ». (Matthieu 2, 1-12)

« En somme, les mages cherchent quelque chose et trouvent autre chose (en apparence). Voilà qui est très rassurant pour nous. Je rencontre beaucoup de chrétiens, qui se demandent s’ils prient bien, s’ils demandent de bonnes choses, s’ils désirent ce qu’il faut désirer… Mais ce n’est pas important. Ce qui est important est de demander et de désirer. De chercher l’étoile. (…) L’important, encore une fois, est que nous nous tournions vers Dieu, le cherchions, placions notre espérance en lui. Que nous nous levions pour suivre l’étoile »
Fr. Yves Combeau, o.p. – Le Jour du Seigneur.

« Épiphanie » signifie en grec : « manifestation ». Dans le calendrier chrétien, cette fête est plus ancienne que celle de la Nativité (fixée en 354 par le pape Libère à la date du solstice d’hiver – soit le 25 décembre). Jusqu’au milieu du IVe siècle, se célébrait au cours de l’épiphanie toutes les manifestations du Christ sur terre : de sa naissance à son premier miracle, lors des noces de Cana. Aujourd’hui, l’Église latine fête l’Épiphanie avec le récit des mages : elle voit dans le périple de ces trois sages suivant l’étoile depuis fort loin, le signe de la manifestation de la lumière du Christ à toutes les nations.

En ce dimanche de l’Épiphanie, prions donc spécialement avec nos frères chrétiens du monde entier. Race, langue, culture nous séparent – mais le Christ est la grande lumière qui fait notre unité. Comme les mages, venons l’adorer et offrons-lui, avec cette année nouvelle –  toutes nos réussites (l’or, symbole de tout ce qui est précieux), tous nos échecs et souffrances (la myrrhe, une herbe amère) et toutes nos prières (l’encens, ce parfum dont la fumée monte vers le ciel).

Mettons-nous en route en 2022. Suivons l’étoile. Allons vers l’Enfant de la crèche, qui manifeste la lumière de l’amour de Dieu pour notre monde.


Blog de l’Abbé Éric de Beukelaer