Le doute coexistera toujours avec la foi

En bon voyageur, j’essaie de mieux connaître le chemin que je parcours, tout en sachant qu’il y en a d’autres.

« J’espère que Dieu existe », me répondit une jeune femme à qui je demandais si elle se mariait à l’église pour les photos ou pour la foi. Elle a d’abord reconnu que c’était pour les photos, puis elle a ajouté, regardant son compagnon : « Il y a quelques mois, nous avons vécu une expérience forte, et maintenant j’espère que Dieu existe. » Ils avaient sans doute perçu quelque chose de plus grand qu’eux, sans pouvoir encore trouver les mots pour l’exprimer.

Photo Alétéia

Être croyant, c’est chercher Dieu parce qu’on espère qu’il existe. Ce n’est pas savoir qu’il existe, car savoir, c’est d’une certaine façon posséder ce que l’on sait. Être chrétien est encore un pas de plus : c’est emprunter le chemin du Christ pour poursuivre cette recherche avec d’autres qui se situent dans sa mouvance. « Aucun homme n’est une île, un tout complet en soi », disait le poète John Donne. C’est avec d’autres que nous cheminons.

Être chrétien, c’est donc faire le choix d’une voie parmi d’autres. Je ne peux la prétendre meilleure que les autres, mais c’est sur ce chemin que je chemine personnellement, en fonction de mon histoire, de mon milieu, de mes rencontres. Petit à petit, et de plus en plus, je crois que c’est le chemin qui me convient le mieux, celui qui est bon pour moi et je suis heureux d’y cheminer avec d’autres. Et plus je l’approfondis, plus je deviens ouvert aux autres voies, car je m’approche de ce qui fait notre humanité commune. Je respecte alors ceux qui ont fait d’autres choix, je crois qu’ils peuvent m’enrichir de leur propre expérience.

Un voyageur est toujours sur une route, et non sur toutes ! En bon voyageur, j’essaie de mieux connaître ce chemin que je parcours, d’en découvrir la spécificité, tout en sachant qu’il y en a d’autres. Jamais je ne croirai que j’aie raison, mais j’aurai de plus en plus des raisons d’être fidèle au choix que j’ai fait, pour éviter de voltiger sans jamais m’enraciner.

Bien sûr, je connaîtrai le doute. Ne me suis-je pas trompé ? Ne suis-je pas en train de faire fausse route ? Mais tant que je n’ai pas de bons motifs de rebrousser chemin – ce qui peut arriver -, mon doute sera vécu comme un signe que je demeure toujours libre, que je ne suis prisonnier d’aucun système. « Il y a assez de lumière pour justifier celui qui croit et assez d’obscurité pour que personne ne soit obligé de croire », disait le grand mathématicien Pascal.

La foi est toujours un doute surmonté. Ne jamais avoir eu de doutes signifierait tout simplement que nous avons adopté les idées de notre milieu, celles qui nous ont été inculquées. Nous les avons fait coïncider avec celles de Dieu. Mais alors il est impossible de dire si nous croyons en Dieu ou si nous croyons en nous-mêmes et en notre système rationnel. Avoir d’excellentes preuves de l’existence de Dieu, ne serait-ce pas finalement croire en soi-même ? C’est à partir du moment où nous découvrons que les idées de Dieu ne correspondent pas aux nôtres que nous pouvons poser un véritable acte de foi.

Le doute doit rester un questionnement et accompagner une marche… La mise en doute systématique n’est pas plus éclairante que la confiance aveugle et bornée, elle est paralysante. Foi et doute seront toujours mêlés, dans la religion comme dans la vie. Mais mon doute se situe-t-il à l’intérieur d’une foi plus large ou est-il devenu une véritable religion me permettant, paradoxalement, de ne pas m’engager ? Il y a en effet deux types d’agnosticisme. L’un est torturé ; l’autre, paresseux.

Le doute coexistera toujours avec la foi. Je pourrais m’être trompé. Être croyant, c’est vivre sereinement cette tension entre foi et doute, même s’il y a des moments où elle se fait plus vive. « C’est parce qu’il nous aime (que Dieu) nous donne à douter, écrit Éric-Emmanuel Schmitt. Cette part de choix qu’il nous laisse, c’est l’autre nom de son mystère. » La foi ne nous épargne donc pas le doute, elle nous permet de le vivre positivement, comme un aiguillon qui nous pousse toujours plus loin.

A la lueur d’une luciole. Une chronique de Charles Delhez parue dans la libre.be du 16-11-2021

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