Les petits pas de François

Cette Église, un « hôpital de campagne » et non la douane du salut, il la veut comme une lampe de poche qui accompagne la route et non comme un phare qui aveugle. © AEN – CC0

François fêtait ce 13 mars le huitième anniversaire de son élection. Régulièrement, le bruit court de sa démission, mais il est toujours là, et je m’en réjouis. Il est le Pape dont je rêvais pour ces temps difficiles. Dès le premier soir, chacun put percevoir le changement de ton. Refusant tout apparat, fustigeant les mondanités pieuses et vivant proche de ses collaborateurs, ce Pape jésuite profondément franciscain a rendu l’Église proche et cordiale. Ses gestes, ses coups de fil, ses courriels, ses visites – ainsi, récemment, à Édith Bruck, survivante d’Auschwitz -, ses tweets rappellent les Fioretti de saint François.

Benoît XVI fut un théologien amoureux de la vérité ; François, un pasteur épris de charité. Heureuse alternance. Amplement contesté en interne, jusque dans l’orgueilleuse Curie, et en externe, par les conservateurs, il est, a pu dire un proche, « l’homme le plus libre que j’aie rencontré ». Il ne laisse personne indifférent. Tout prophète dérange et clive, ceux de la Bible comme les autres.

Son atout est la cohérence. Son centre de gravité, l’Évangile. Son style, qu’il souhaite pour tout chrétien, celui de Jésus. Il apporte, jusque dans les grands médias qui le mettent à la une, la fraîcheur d’un parfum d’Évangile. Certes, il n’y a pas de grandes nouveautés doctrinales, mais un autre angle d’approche, une autre « manière de procéder ». Ce n’est pas une révolution, mais un changement de cap, et il y va par petits pas décidés, notamment à propos de la place des femmes.

Ouverture au monde

Avant de réformer l’Église, tâche qui lui fut confiée par le Conclave, il a voulu la sortir des sacristies, la décentrer et l’ouvrir aux « périphéries géographiques et existentielles », en bordure de notre société d’abondance ou de l’Église des bien-pensants. Il a une attention particulière pour les lieux de souffrance. Son voyage en Irak, particulièrement risqué, en est une illustration éblouissante. Sa première visite pontificale, moins de trois mois après son élection, fut à Lampedusa, l’île européenne où abordent tant de migrants. Il se préoccupe du sort des Rohingyas, des Ouïghours, des Yézidis. Son souci de l’écologie, qu’il associe aux questions sociales, a dépassé les frontières de l’Église avec son encyclique Laudato si’ et son synode sur l’Amazonie. Selon lui, la nature est respectable en elle-même et pas seulement dans son rapport à l’homme et à l’usage qu’il en fait. Et il ne manque pas de propos sévères au sujet des effets néfastes de la mondialisation et dénonce la « colonisation post-moderne ».

Notre monde n’en sortira que par un supplément de fraternité entre les peuples et les religions, en particulier avec l’islam. Fratelli tutti est le titre de sa dernière encyclique. Il multiplie ses messages à vocation universelle à travers interviews, films, livres et il les incarne en se faisant « pèlerin de la paix » et consolateur des affligés.

Réformer l’Église

Il fallait aussi purifier cette vieille et puissante institution, comme Jésus le fit en chassant les vendeurs du Temple. Il n’a pas hésité à faire tomber des têtes pour mettre de l’ordre dans les finances, à parler vrai à propos des abus sexuels qui gangrènent notre société et dont on aurait pu espérer que l’Église fût indemne.

Il a opéré un réel changement de gouvernance. La « synodalité » (faire chemin ensemble, thème du prochain synode) remplace un mode trop centralisé. Dans ses documents, il cite toujours les évêques des autres pays et continents. Il préfère voir les contradictions comme des contrapositions, comme des pôles en tension qui génèrent une dynamique et coexistent dans une unité plus grande. Son mode de gouvernement est dans la ligne du discernement communautaire cher aux jésuites plutôt que dans le débat. Son image favorite : la figure géométrique du polyèdre, une unité, mais dont chacune des parties a sa particularité, son charisme.

Cette Église, un « hôpital de campagne » et non la douane du salut, il la veut comme une lampe de poche qui accompagne la route et non comme un phare qui aveugle. C’est peut-être dans son discours moral que le changement est le plus manifeste. Au lieu de rappeler sans cesse les règles, il préfère tenir compte de la situation particulière de chacun. La miséricorde – « Qui suis-je pour juger ? » – et la compassion ont pris la place d’un discours apparaissant à beaucoup intolérant.

À la source

François est un homme profondément spirituel. Toute décision jaillit de la prière et de la contemplation. Le Christ est au centre de sa vie. Sa messe quotidienne à la chapelle Ste-Marthe est le lieu où il distille son message spirituel en toute simplicité. Refusant toute tentation de reconquête ou de fermeture identitaire, il revient sans cesse à l’essentiel du message chrétien – « Tu es aimé de Dieu » – et témoigne de la paternité divine en cheminant dans la fraternité. Les pieds sur terre, il nous presse de regarder, comme Abraham, vers le ciel étoilé.

Une chronique de Charles Delhez publiée le 15-03-21 dans La Libre

Une réflexion sur “Les petits pas de François

  1. bernard&martine cuvelier gezels

    Merci pour ces petits pas de Notre Sainteté , nous retrouvons la simplicité , l’égalité , le sourire , l’espoir d’un monde meilleur , et par dessus tout le message « Tu es aimé de Dieu » ces mots choc pour nous faire prendre conscience que Dieu est toujours présent dans nos vies malgré nos fautes …C’est un Dieu miséricordieux !!!
    En UDP

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