Les différentes compréhensions du temps

Selon le philosophe Michel Serres : « de mémoire de rose, nul n’a jamais vu vieillir un jardinier ; de mémoire de jardinier, nul n’a jamais vu vieillir une montagne ; de mémoire de volcan, nul n’a jamais vu vieillir une étoile. » Le temps est relatif.

Dans la succession des jours, le croyant est invité à ouvrir les mains pour faire en sorte que chaque journée, chaque rencontre, devienne une page d’Évangile.

La première compréhension que les humains ont eue du temps vient de la nature au sein de laquelle tous les signaux plaident pour une approche cyclique du temps qui va et vient, qui s’éloigne et qui revient. Les saisons, la végétation, le soleil, les étoiles évoluent selon un rythme régulier. Les premières chronologies sont à base de lune. Elle est un guide fidèle pour l’humain car son rythme est observable, elle change tous les jours et la durée de son cycle coïncide avec le rythme biologique de la femme. À côté des calendriers lunaires, le cycle solaire est annuel, il règle certains phénomènes naturels comme les saisons, les moissons et les crues des fleuves.

Cette vision cyclique du temps est contredite par l’expérience intime de l’humain qui sait qu’il est né, qu’il vit, qu’il vieillit et qu’un jour il mourra. Depuis la première tombe, l’homme sait que sa vie est orientée vers la mort et que chaque jour qui passe le rapproche du grand silence. Son temps a un commencement (le berceau) et une fin (la tombe).

Ces deux compréhensions du temps induisent deux façons différentes de se comprendre. S’il a une approche cyclique du temps, l’humain se considérera comme un élément d’un grand tout qui le dépasse. Il n’a pas de prise sur les événements qui sont inéluctables et l’histoire n’a aucun sens puisqu’elle se répète indéfiniment. En revanche, une compréhension linéaire du temps l’aide à entendre que sa vie est unique et irremplaçable et que de même qu’elle a un sens – une direction du berceau à la tombe – elle a un sens, une signification.

À ces deux compréhensions, le Nouveau Testament en ajoute une troisième qui est le temps de l’événement. La première prédication de Jésus dans l’évangile dit : « Le temps est accompli et le royaume de Dieu est proche » (Mc 1.15). Ce temps-là, qu’on appelle kairos en grec, n’est ni un cycle ni une histoire, mais un événement : c’est le temps favorable, le temps où il se passe quelque chose.

La prise de conscience de notre singularité nous fait passer du temps cyclique au temps orienté, et la foi nous invite à considérer chaque jour comme une occasion de kairos. Dans la succession des jours, le croyant est invité à ouvrir les mains pour faire en sorte que chaque journée, chaque rencontre, devienne une page d’Évangile.

Publié le 22 juillet 2020 par Antoine Nouis

Faites-nous part de votre commentaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s