Le besoin de sens à l’époque du coronavirus : n’est-ce pas essentiel ?

Photo : Capture d’écran La Libre.be

Actuellement, seules 4 personnes sont autorisées à assister aux mariages, tandis que les funérailles doivent être limitées à 15 personnes. Dans le même temps, nos supermarchés restent ouverts et accueillent quotidiennement beaucoup plus de monde, quoique dans le respect des règles sanitaires. Cette prévalence apparente de la liberté de consommation sur la dimension spirituelle et relationnelle, de l’être humain doit nous faire réfléchir.

« La situation liée au Covid est pire que ce que rapportent les médias. » C’est du moins ce que me disait ma sœur, médecin dans un hôpital de Milan, en février dernier. J’avoue que j’avais alors réagi avec scepticisme à cette annonce, la jugeant exagérée. Je me suis cependant vite rendu compte que j’avais tort. Entre-temps, notre vie a changé. Après neuf mois, nous vivons un second confinement. Les nouvelles mesures prises pour faire face à l’urgence sanitaire semblent moins restrictives en termes de mobilité, mais les conséquences en sont tout aussi dramatiques pour tout un chacun. Cette situation d’exception nous amène à nous interroger quant au choix des bien jugés « essentiels » en ces temps de confinement.

Dans un article publié sur le site de la VRT, le théologien de la KULeuven Hans Geybels soulève certaines questions quant à l’interdiction des services religieux. Actuellement, seules 4 personnes sont autorisées à assister aux mariages, tandis que les funérailles doivent être limitées à 15 personnes. Dans le même temps, nos supermarchés restent ouverts et accueillent quotidiennement beaucoup plus de monde, quoique dans le respect des règles sanitaires. Cette prévalence apparente de la liberté de consommation sur la dimension spirituelle et relationnelle, de l’être humain doit nous faire réfléchir. Peut-être avons-nous oublié que l’ »homme ne vit pas que de pain », comme le rappelle si justement Hans Geybels dans son article. Les gens vivent de relations, aiment et essaient d’être heureux. Il ne s’agit donc pas de comparer les églises et les Colruyt, mais plutôt de comprendre qu’en cette époque marquée par l’incertitude quant à l’avenir, « les églises – et tout ce qu’elles représentent – sont tout aussi nécessaires que les Colruyt ».

Un besoin de spiritualité et une quête de sens qui ne peuvent être négligés

Il faut donc reconnaître qu’il existe un besoin de spiritualité et une quête de sens qui ne peuvent être négligés, plus encore dans le contexte actuel de pandémie. L’urgence sanitaire impose certainement des priorités d’ordre matériel. Mais elle nous confronte aussi à des questions de sens et à l’urgence de nous redécouvrir en communauté, solidaires et responsables les uns envers les autres. « Nous sommes tous dans le même bateau », dit la sagesse populaire.

Face à un défi d’une telle ampleur, ce serait une erreur de considérer la dimension de la spiritualité comme purement accessoire, secondaire par rapport aux besoins “réels”, compris comme les seuls besoins matériels et physiologiques. Une telle vision rappelle l’une des idées les plus profondément ancrées de la sociologie du XXe siècle, la « pyramide de Maslow », qui revient à considérer comme essentiels les besoins liés à l’alimentation et au bien-être physique ; il ne serait possible de se consacrer aux besoins plus “élevés”, tels que les besoins d’appartenance et d’épanouissement personnel, qu’une fois satisfaits les besoins « primaires ». Mais qui pourrait nier que l’on peut dépérir aussi par manque d’estime, d’appréciation, d’épanouissement, de confiance en soi et en autrui ? La solitude, la perte de sens et de communauté d’appartenance ne constituent-ils pas l’un des dangers majeurs de nos sociétés post-modernes ?

D’après le sociologue Frank Furedi, il est difficile de vivre dans l’incertitude (Furedi, Frank. How fear works. Culture of fear in the 21st century. London : Bloombsbury Continuum, 2018. p. 111, 141 et 158). Traditionnellement, la peur de l’inconnu a été abordée à travers un système de valeurs, inspiré par la religion, qui rassurait. Cependant, aujourd’hui, en l’absence d’un système de valeurs qui offre une perspective pour guider la peur, celle-ci risque de devenir la seule perspective à partir de laquelle interpréter le monde. Avec pour conséquence, plus grave encore, de pousser les gens à répondre aux incertitudes de la vie en craignant toujours le pire.

Les liens sociaux et le besoin de sens

Si nous n’abordons pas la question du bien-être de la personne sous tous ses aspects, y compris la dimension spirituelle – dans les églises ou ailleurs – nous risquons de négliger les questions plus profondes auxquelles cette pandémie nous confronte de toute urgence. Que s’est-il passé au cours de ces derniers mois ? Où trouver l’inspiration pour envisager l’avenir avec confiance ? Comment puis-je concrètement soutenir ceux qui vivent à côté de moi et “combler” la distance physique qui nous sépare de nos proches ? Comment faire face à la perte d’un proche lorsque je ne peux même pas assister à son enterrement ? Que faire pour ne pas céder à la tentation de la peur et du découragement ? Je doute fort que ces questions puissent être reléguées à la seule sphère privée. Ces interrogations nous concernent tous et revêtent une forte dimension publique car elles nous poussent à reconnaître que les liens sociaux et le besoin de sens jouent un rôle décisif dans nos vies pour contenir l’impact de la pandémie.

Une opinion de Valerio Aversano, enseignant.

Publié le 27-11-20 dans la Libre.be

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