Laudato Si, un texte de Pentecôte et … un jubilé !

Une opinion de Serge Maucq, chargé de cours en éthique à l’UCL et curé à Louvain-La-Neuve.

Laudato Si, l’encyclique du Pape François, un texte de Pentecôte et … un jubilé !

Depuis sa publication à la Pentecôte 2015, l’encyclique du pape François Laudato Si a beaucoup inspiré. Consacrée à la Sauvegarde de notre Maison commune, elle s’adresse spontanément à tous. Jamais sans doute une encyclique n’aura été aussi populaire, bien au-delà du périmètre catholique, suscitant de l’intérêt, dans la sphère scientifique et universitaire, dans d’autres confessions chrétiennes et dans des milieux non-croyants.

La prise au sérieux de l’encyclique a induit de multiples initiatives concrètes, animées notamment par un changement de regard sur la création voulu par François, une posture d’accompagnement plutôt que de domination. L’originalité de l’approche de François, c’est le pont qu’il établit entre écologies environnementale et sociale. Les lecteurs sont invités à devenir davantage les gardiens de la création mais aussi de leurs frères et sœurs en humanité. L’encyclique est certes verte mais elle est aussi habitée par un souci de justice sociale au sens le plus noble du terme.

Les évènements exceptionnels que vit le monde depuis quelques mois bousculent et inquiètent. Le constat martelé par François que tout est lié, est devenu patent. Un virus inconnu et sévissant dans un coin reculé de Chine a affecté la planète en quelques semaines. Le sentiment latent que l’Europe n’était pas concernée a été balayé avec une violence à la mesure du déni des premiers temps. La découverte libre du monde rendue sans cesse plus facile par l’estompement des frontières s’est arrêtée, chaque pays les recréant pour des raisons sanitaires.

Voilà l’humanité au pied du mur. « Nous avons avancé à toute vitesse, en nous sentant forts et capables en tout, a déclaré le Pape le 27 mars dernier lors du temps de prière Place Saint-Pierre. Avides de profit, nous nous sommes laissés absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous n’avons pas pris conscience des guerres et des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres, et de notre planète gravement malade. Nous avons continué sans nous décourager, pensant que nous resterions toujours en bonne santé dans un monde malade ».

Le réveil est brutal en effet. La distance physique ou sociale, vient affecter sensiblement les liens entre les personnes. Déplacer un corps qui peut être contagieux, sans en être conscient ou vice-versa crée méfiances, peurs et replis. Commencer un nouveau boulot ou un cycle de formation, dans un environnement de visages largement cachés et inexpressifs n’est plus vraiment humain. Exprimer les sentiments par le truchement d’ordinateurs ne pourra remplacer les gestes familiers qui font grandir.

Le texte reste pertinent aujourd’hui

Le 5e anniversaire de la publication de Laudato Si arrive à un moment où l’humanité vit un tournant. François en fait une opportunité, en proposant un jubilé d’un an, de mai 2020 à mai 2021, pour découvrir mieux encore son message mais surtout la « pratiquer ». Ce texte était prophétique et il reste pertinent pour aujourd’hui. Il interroge quant à la façon de vivre demain, dans la façon d’être au monde et de vivre la justice et la solidarité. Dans Laudato Si, la culture du déchet vise le traitement et le recyclage des déchets de la consommation mais aussi le manque fréquent de respect et de solidarité vis-à-vis des plus fragiles. Les drames vécus par les plus âgés dans les maisons de repos et les familles contraintes de vivre leur deuil dans des conditions peu humaines, ont fait mal. Comment la société réagira-t-elle ?

Au moment où la pandémie semble reculer, les paris sont ouverts. L’année 2020 sera-t-elle une parenthèse, du moins si tout évolue bien, avec un retour à la normale ? Ou la crise sanitaire fera-t-elle bouger les lignes en provoquant une prise de conscience durable d’une nécessaire écologie intégrale ?

Depuis près de trois mois, les Belges scrutent les chiffres des effets de la pandémie, jusqu’à l’obsession car le danger était et reste dans une moindre mesure tout proche. Mais ces chiffres, s’ils peuvent donner froid dans le dos, sont l’arbre qui cache la forêt. La malnutrition ou la pollution, les dérèglements climatiques, les inégalités planétaires, tuent chaque jour davantage. Pour contrer ces dérives, les programmes internationaux ambitieux ne suffisent pas. C’est une conversion écologique globale, venant de la base, qui peut soutenir un développement durable. C’est la multiplication d’expériences fécondes, de projets novateurs, de solidarités concrètes sur le terrain, qui peut faire bouger les plaques tectoniques. Travaillant ce texte chaque année avec quelques centaines d’étudiants universitaires, nous découvrons sa richesse et les multiples intuitions qu’il suscite tous azimuts.

Rendre plus harmonieuse la maison commune sur la terre

En ce temps de Pentecôte, les Actes des Apôtres proposent l’image des langues de feu se déployant pour renouer la communication en toutes langues, en contraste avec le chaos de la Tour de Babel. La contagion d’amour dont l’Esprit est la source peut renouveler la création, selon l’Écriture. François invite volontiers l’humanité à regarder le ciel mais il la supplie d’œuvrer au quotidien concret à rendre plus harmonieuse la maison commune sur la terre. Il déclarait récemment « Nous sommes appelés à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix, le temps de choisir ce qui compte et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas ». Et il ajoutait « ‘Laudato si’ nous guide pour repenser une société où la vie humaine, en particulier celle des plus faibles, est défendue ; où chacun a accès aux soins, où les gens ne sont jamais rejetés et où la nature n’est pas pillée sans discernement, mais cultivée et préservée pour ceux qui viendront après nous ».

L’opinion publique, notamment en Église, est largement focalisée sur le retour des célébrations publiques et l’accueil des personnes au sein des lieux de culte dans de bonnes conditions. C’est légitime et important. Il serait toutefois dommage que le Jubilé qui vient de commencer soit occulté pour cette raison. Laudato Si, c’est un fruit de l’Esprit à décliner dans un agir éthique, une exigence incontournable.

Article publié le 29 mai 2020 sur lalibre.be

2 réflexions sur “Laudato Si, un texte de Pentecôte et … un jubilé !

  1. bernard&martine cuvelier gezels

    Merci, méditons ces quelques mots où chacun a accès aux soins, où les gens ne sont jamais rejetés et où la nature n’est pas pillée sans discernement, mais cultivée et préservée pour ceux qui viendront après nous ».

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  2. Toussaint liliane

    Pourquoi ce texte, travaillé à l’université, n’est-il pas entendu dans nos églises, dans nos assemblées ?

    De même que les déclarations du pape François, qui ne sont guère relayées par les médias traditionnels ?

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