« Nous voyons encore trop souvent l’asile comme un problème »

Prêtre, aumônier, journaliste, professeur, théologien, écrivain… Gabriel Ringlet a déjà emprunté de multiples chemins. Il en est sorti, aussi, pour aller au-delà des balises.

Depuis plus de 50 ans, il partage sa foi autrement. Ce samedi encore, sa célébration de Noël à Louvain-la-Neuve en compagnie de l’acteur Sam Touzani, musulman de souche et athée, affichait complet. Des idées réformistes et un vent nouveau dans une Eglise encore parfois qualifiée de rigide et identitaire.

À l’aube de l’année 2023, il jette un regard sur l’année écoulée. Ses crises et ses injustices, mais également ses notes d’optimisme et d’espoir.

Gabriel Ringlet était le 7e intervenant des Grands Entretiens de fin d’année. Copie d’écran RTBF

Quel évènement vous a le plus touché en 2022 ?

Ce qui m’a le plus touché cette année, c’est la résistance des femmes iraniennes. Elle est fondamentale et dépasse très largement l’Iran. Ces femmes, rejointes par des hommes d’ailleurs, osent dire non à un système religieux innommable qui trahit sa propre tradition. Ce qu’on leur fait subir n’a en effet rien à voir avec le prescrit du Coran et la tradition de l’Islam. Ce « non » que les femmes osent proclamer en rue malgré des risques immenses, c’est plus large qu’un refus de la seule dictature iranienne. C’est un « non » à toutes les dictatures, et à tous les enfermements. Surtout lorsque ces enfermements s’appuient sur le sacré, ce qui est pour moi le sommet de l’ignoble. La religion engendre hélas parfois l’épouvante, alors que sa vocation première est de libérer et de rendre plus léger. En Iran comme lors de nombreuses guerres, on récupère la religion dans un rôle qui n’est pas du tout le sien.

L’accueil des demandeurs d’asile doit devenir une priorité absolue de l’Église, au-delà de toutes les questions relatives à l’institution.

L’année 2022 a été marquée par de nombreuses crises, qu’elles soient sanitaire, politique, économique ou migratoire. Quel rôle doit jouer l’Église dans ce contexte ?

Face à toute crise, je vois le rôle de l’Église sur deux plans. D’abord, il est important qu’il y ait une parole forte. Cette dernière doit toujours se situer du côté de l’ouverture, de l’accueil et de la libération des enfermements. Mais pour que cette parole ne soit pas uniquement quelque chose d’abstrait, il est important qu’elle se traduise concrètement sur le terrain. À propos de l’asile par exemple, il est essentiel que l’Église ose s’engager très fortement. Cela correspond d’ailleurs à sa vocation. Je rêverais que dans toutes les paroisses du monde, cet accueil devienne une priorité absolue. Que toutes les autres questions, notamment celles qui concernent l’institution elle-même, soient relativisées.

La crise de l’accueil a en effet été au centre de l’actualité cette année en Belgique. Des centaines de personnes sont encore contraintes de dormir dehors à cause de la saturation des centres d’accueil. Et ce, alors que l’État belge a déjà été condamné à plusieurs reprises pour ne pas avoir respecté ses obligations légales. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Il n’y aura pas de changement concret de l’accueil sur le terrain s’il n’y a pas une évolution des mentalités. Par cela, j’entends essayer de faire comprendre à nos concitoyens que l’autre est une chance, un possible, une espérance et une aide. Nous voyons encore trop souvent l’asile comme un problème. Nous avons peur parfois d’en faire trop à cause de la réaction de nos concitoyens. Or, je crois que nous devons nous engager sur ce terrain-là sans la moindre réserve et aller plus loin que ce qu’il se passe aujourd’hui. Il faut positiver cette action, montrer à quel point elle est un avantage pour nous qui sommes nés ici, que cet accueil nous grandit au lieu de nous réduire.

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