Quel est ton carême ?

Si l’on entend bien le récit du livre de la Genèse, au commencement était l’être humain unifié : chair dotée d’une personnalité et, à la différence des animaux, animée d’un Souffle indissociable. Les aléas de l’Histoire et les malheurs des traductions successives finirent par imposer dans le christianisme une vision dualiste, celle d’un humain fait de deux éléments : un corps et une âme, cette dernière étant la lumineuse composante spirituelle descendue dans un corps matériel porteur, lui, de toutes les passions, de toutes les tentations. L’influence de Platon (5e siècle avant J.-C) est manifeste… Exit, donc, la belle et forte unité qui affirme qu’en l’humain, tout concourt à sa croissance…

« Et si nous commencions par nous demander : quelle est la pierre d’achoppement qui m’empêche de grandir autant que je le souhaiterais ? Appelons-là « tentation » si cela nous aide. » Photo tirée du Journal Dimanche

On ne peut évidemment que se réjouir de l’affaiblissement (sinon de la disparition complète) de cette consternante anthropologie. Ce fut l’un des fruits du concile Vatican II – en consonance, il est vrai, avec l’évolution de la société : la décennie 70-80 fut celle de la valorisation de l’individu, de sa réunification, pourrait-on dire. La médecine elle-même se fit plus « holistique », c’est-à-dire qu’elle prit en compte le lien mystérieux (et désormais confirmé par les neurosciences) qui existe entre notre esprit et notre chair. Prendre soin de son corps devint une injonction positive… ce que recommandait déjà saint Paul : Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple du Souffle Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu (1Co 6,15). En bon Juif, l’apôtre avait de l’humain une vision unifiée.

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En frères

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Ce N°20  est consacré à la fragilité.

En Frères : l’actualité franciscaine en France et en Belgique.

Ces quelques raisons d’espérer en ce début d’année

La période des vœux est toujours délicate. Nous souhaitons le meilleur pour chacun et pour le monde. Dans un contexte guère réjouissant, le moral des Français est en berne. Il y a pourtant des raisons d’espérer, affirme le chef d’entreprise Hubert de Boisredon.

Copie d’écran Aleteia

Les nouvelles de ces jours nous plongent dans les drames de la Terre : 100 jours de guerre déjà en Palestine entre Israël et le Hamas, enlisement de la guerre en Ukraine, attaques de bateaux commerciaux en mer Rouge par les rebelles houthis du Yémen, menaces de la Chine sur Taïwan, risques de montée des nationalismes en Europe et aux États-Unis, alerte maximale à La Réunion en raison du cyclone Belal, éruption volcanique en Islande et tant d’autres signes du chaos climatique. La navigatrice Isabelle Autissier alertait récemment dans le journal La Croix sur la pollution maritime : « Si les micropolluants plastiques devenaient fluorescents, la mer serait entièrement lumineuse… » Alors, allons-nous sombrer dans un pessimisme sans fin ? 

Les progrès qui font du bien

Quels sont les progrès qui font du bien ? La médecine progresse. Fin décembre 2023, l’agence européenne du médicament a approuvé un premier médicament permettant de traiter deux pathologies sanguines d’origine génétique qui touchent 400.000 enfants naissant chaque année dans le monde, les conduisant à des morts précoces. De même, la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis a approuvé le premier médicament qui ralentit la maladie d’Alzheimer. Ou encore, un nouvel outil d’intelligence artificielle peut désormais prédire le cancer du pancréas, permettant une détection et un traitement en amont. Enfin, l’artemisia, plante naturelle accessible à tous les Africains, confirme son impact positif contre le parasite à l’origine du paludisme.

En faveur de la biodiversité, après deux décennies de négociations, des pays se sont réunis au siège de l’ONU à New York le 19 juin 2023 pour adopter un accord historique visant à promouvoir la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine dans les zones situées au-delà de la juridiction nationale. Cet accord permettra de lutter contre les déchets plastiques et chimiques rejetés dans la mer. 

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Entrevue avec Mgr Warin sur la réalité synodale de nos unités pastorales

Noël et Blanche Neige

La tentation de toutes les religions a toujours été de mettre les humains en règle avec la divinité par un ensemble de rites. Désormais, avec Noël, pour rejoindre Dieu, l’amour suffit.

Les magasins sont un repère sûr : Noël est aux portes. Le récit de la Nativité a quelque chose de merveilleux, de magique aux yeux des enfants. Ils sont séduits et aiment entendre l’histoire de la crèche. Mais attention, Noël n’est pas un vieux conte de notre enfance, tel celui de Blanche Neige, mais fête un événement. Sinon, pourquoi les historiens continueraient-ils à s’interroger sur la date précise : 6 ou 7 avant Jésus-Christ ou bien encore l’an 4 ?

La prétention chrétienne est énorme. “Dieu s’est fait homme”, il a franchi la distance qui semblait infranchissable entre l’homme et lui. Aux yeux du croyant, l’incroyable est advenu. Celui que personne n’a jamais vu se rend visible dans un enfant. Lui dont il était interdit de sculpter l’image se fait chair. Le Tout-Autre devient tout proche, sans nous voler notre espace. Comme la mer infinie résonne dans un coquillage collé à notre oreille, le Mystère silencieux des origines fait entendre sa Parole. Tout en restant bien sûr celui qui mérite notre adoration, le Créateur prend visage de créature et s’assoit à notre table.

Tout simplement aimer

Et que vient-il faire chez nous ? Tout simplement aimer. Il n’a d’autre planification, d’autre plan pastoral. Pour y parvenir, jusqu’à donner sa vie pour ses amis et pardonner à ses bourreaux, Jésus maintient une proximité filiale avec celui qu’il nomme Père. Chaque jour, il accueille son souffle, l’Esprit Saint, comme on boit à la source. Il en reçoit l’énergie.

La tentation de toutes les religions a toujours été de mettre les humains en règle avec la divinité par un ensemble de rites. Désormais, pour rejoindre Dieu, l’amour suffit. Aimer est la manière divine d’exister. En vivant comme les humains, Dieu a permis aux humains de vivre comme Dieu, de partager sa vie, d’accueillir du divin dans notre existence.

La naissance de Jésus a une dimension bien plus qu’historique. Le ciel et la terre sont concernés. Dans le récit de Luc, les anges symbolisent la dimension invisible de cet événement. Saint Jean, lui, dans son Prologue, le dira à la manière des textes grecs de sagesse : “Au commencement était le Verbe [la Parole de Dieu], le Verbe était Dieu et le Verbe s’est fait chair, il a planté sa tente parmi nous.”

La foi chrétienne articule de manière originale le ciel et la terre. Nous ne sommes pas mis en demeure de choisir l’un ou l’autre. Il n’y a pas d’antagonisme entre Dieu et l’homme, mais un partenariat, une alliance, selon le mot biblique. Lorsqu’on dit que Jésus est Dieu, il ne s’agit pas d’une “identité”, mais d’une “unité” profonde entre le divin et l’humain, sans confusion. Le ciel a épousé la terre. Désormais, notre terre a un goût de ciel. Pas question de quitter la condition humaine, mais d’entendre l’appel à la vivre dans toute sa plénitude.

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